LE CERCLE DE L'AMOUR
Les textes de la messe
d’aujourd’hui nous parlent tous d’amour : amour de Dieu,
amour du Père pour son Fils, amour du Fils pour nous et amour
entre nous. L’allégorie de l’amour familial illustre bien cette
« équation de l’amour » qui se retrouve tant dans
l’amour humain que chrétien.
1- L’amour familial
Voici un couple qui s’aime : l’homme et la femme se
communiquent leur amour mutuel. Cet amour réciproque n’est pas
égoïste ni stérile : il produit du fruit, notamment
par l’arrivée d’un ou de plus d’un enfant. La
cellule familiale s’élabore petit à petit.
L’amour que se donnent les
époux, ils le donnent à leurs enfants comme un beau cadeau. L’affection
donnée par les parents et reçue par les enfants est une
véritable vitamine pour tous : elle aide chacun et chacune
à grandir dans toutes les dimensions de leurs personnes.
Bien plus, cet amour,
communiqué aux enfants, leur permet de s’aimer les uns les
autres. C’est
un apprentissage qui se fait tout naturellement au sein de
l’environnement familial. Et, comme tout apprentissage, il est fait
d’essais, de succès et d’échecs. Mais il grandit entre
les enfants qui s’abreuvent à l’amour des parents entre eux et
avec eux et pour eux.
Ainsi se vit ce qu’on
pourrait appeler l’« équation de
l’amour » ou encore le « cercle de l’amour » :
amour des époux entre eux, amour des parents aux enfants, amour
des enfants entre eux, amour des enfants envers les parents.
2- L’amour
chrétien
Cette allégorie de l’amour familial nous aide
à comprendre l’amour chrétien si bien
décrit notamment par Jean.
« Dieu est Amour »,
proclame saint Jean. Derrière cette affirmation extraordinaire
et merveilleuse, se cachent deux réalités. La
première, c’est que l’amour circule bien en Dieu lui-même
: le Père et le Fils et l’Esprit s’aiment
depuis toujours et pour toujours. Nous fêterons cet amour
bientôt dans la belle fête de la Sainte Trinité. La
seconde, c’est que cet amour, Dieu n’a pas voulu le garder pour lui
égoïstement. Il le communique.
Il le communique d’abord à son Fils
incarné et venu en notre monde.
L’évangéliste Jean n’arrête pas de dire sur tous
les tons : « Le Père m’aime... Mon Père et moi
nous sommes UN... Je ne suis jamais seul, celui qui m’a envoyé
est toujours avec moi... »
Il le communique ensuite à nous tous notamment
par la médiation de son Fils. Encore ici, saint Jean le
proclame sur tous les tons : « Dieu a envoyé son Fils
dans le monde pour que nous vivions par lui... Ce n’est pas nous qui
avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés... »
(deuxième lecture). Il dira dans son évangile : «
De même que le Père m’a aimé, moi aussi je vous
aime... Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous
envoie... »
Mais
ce n’est pas tout : Jésus nous demande de
nous aimer les uns les autres du même amour qu’il nous aime
: « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les
autres. » Saint Jean ajoutera en reliant l’amour de son
Père pour lui à l’amour qu’il a pour nous : «
Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai
aimés... Si vous êtes fidèles à mes
commandements, vous demeurerez dans mon amour. »
(évangile)
Mais le plan d’amour de Dieu va encore plus loin
: l’amour du Père donné à son Fils et
communiqué à nous tous par Jésus
s’étend à toute l’humanité, à «
toutes les nations » (psaume) et l’Esprit, Pierre l’atteste
dans la première lecture, est communiqué «
même aux païens ».
Ainsi
se réalise, à l’échelle divine, chrétienne
et universelle, l’équation de l’amour, le
cercle de l’amour : les trois personnes divines s’aiment, leur
amour nous est communiqué par Jésus, aimé de son
Père, et à tous par l’Esprit... pour que nous nous
aimions les uns les autres et que nous communiquions cet amour à
tous.
3- En pratique pour nous
De ces grandes
affirmations, si fondamentales pour notre foi, nous pouvons tirer bien
des applications pour notre vie de tous les jours.
D’abord, nous ne le dirons
jamais assez, nous sommes aimés de Dieu. Infiniment, totalement,
éternellement, universellement, inconditionnellement, sans
discrimination aucune ni de sexe, ni de race, ni de religion, ni de
vertu ou de péché.
Ensuite, nous sommes
invités à nous aimer les autres comme les enfants de la
grande famille de Dieu, comme les frères de Jésus, comme
les récipiendaires de l’Esprit.
Encore, nous sommes
appelés à nous aimer les uns les autres « à
la manière de Jésus, c’est-à-dire
« comme Jésus nous a aimés ». Cette
dernière affirmation de Jésus, « comme je vous ai
aimés », comporte tout un programme de vie. Essayons de
l’expliciter un peu.
La grille
évangélique de l’amour manifesté par Jésus est, somme toute, simple
à comprendre... mais demande, il ne faut pas se le cacher,
l’apprentissage de toute une vie. Cette grille comporte quatre
éléments fondamentaux.
Le premier
élément est précisément de
reconnaître et d’accueillir en nous l’amour du Père pour
nous. «
Dieu nous aime »! Quelle merveille!
Le second
élément est que l’amour de Jésus est universel. Jésus n’est pas
sélectif dans son amour pour nous, il ne met personne de
côté.
Le troisième
élément est que Jésus aime d’une manière
préférentielle les pauvres. Si nous voulons
aimer à la manière
de Jésus, notre amour pour les autres est appelé à
s’employer tout particulièrement à cette catégorie
de gens qu’on nomme communément les « pauvres » de
tout acabit.
Le quatrième et
dernier élément est que Jésus aimait d’une manière
privilégiée et scandaleuse pour les pharisiens et les
« vertueux » ceux qu’on
désignait comme des « pécheurs ».
Pour nous, cet amour des
pécheurs peut se traduire de diverses façons. Ce peut être
l’accueil d’un ex-prisonnier, ce peut être de ne pas juger les
personnes qui vivent des situations matrimoniales dites «
irrégulières », ce peut être de ne pas
condamner les pédophiles (ce qui ne signifie pas approuver leurs
actes), etc. Plus généralement et peut-être plus
proche de nous, cela s’appelle l’amour des
ennemis, cela nous renvoie à notre
capacité de pardonner aux personnes qui nous ont fait du
tort, qui nous ont nui, qui parlent de nous dans notre dos, etc. Cela
se demande et s’acquiert dans la prière, car la prière
est précisément cette réception de l’amour de Dieu
pour nous, réception qui nous rend capables d’aimer les autres,
tous les autres.
CONCLUSION
L’amour que Dieu nous donne et que le Fils nous a
transmis pour que nous le donnions aux autres n’est pas un amour
romantique, un bouquet de roses aux pétales
déposés dans nos mains, sur nos pieds ou sur notre cœur.
Il est à la fois merveilleux et exigeant.
C’est le programme de toute une vie. C’est le grand projet que le
Seigneur a formulé pour nous et qu’il souhaite voir
réalisé par nous. Petit à
petit, jour après jour, nous nous y exerçons par
essais, par erreurs, par succès aussi. Et ainsi l’amour du
Seigneur grandit en nous et se répand par nous à travers
le monde.
Jules Beaulac